Orthophonistes

Oralité et prématurité 


        Une naissance prématurée impose toujours une hospitalisation plus ou moins longue du bébé. Celle-ci a forcément des conséquences sur l’établissement du lien parents-enfant mais surtout mère-enfant. Elle a également un retentissement sur le développement global du nourrisson, en particulier en ce qui concerne le développement de son oralité. En effet, l’utilisation de techniques médicales telles que les intubations, aspirations, sondes entraînent des conséquences très néfastes et un désinvestissement de la sphère oro-faciale.
        De plus, l’alimentation artificielle va empêcher le bébé de faire des expériences orales et de poursuivre son entraînement à la succion.
        En outre, il va rencontrer des difficultés à acquérir des rythmes car il ne peut faire l’expérience des sensations de faim/satiation/satiété qui permettent de structurer le temps.
        A plus ou moins long terme alimentation et langage peuvent être mis en danger.
        L’orthophonie et les stimulations oro-faciales trouvent donc ici tout leur intérêt.

Rôle d’une orthophoniste auprès des enfants prématurés en néonatalogie 


        La durée d’hospitalisation de l’enfant prématuré est principalement conditionnée par son autonomie alimentaire. En tant qu’orthophoniste, vous pouvez donc aider à une maturation plus rapide du réflexe de succion-déglutition-ventilation afin de sevrer au plus tôt le bébé de sa sonde et ainsi limiter les conséquences néfastes de l’alimentation artificielle sur le développement de sa sphère oro-faciale. Il faut permettre au bébé d’investir positivement celle-ci, de prévenir les troubles alimentaires et l’aider à associer l’alimentation au plaisir lors des interactions mère-enfant.

        La prise en charge précoce permettra également une meilleure entrée dans la parole et le langage puisque les muscles sollicités pour l’alimentation sont les mêmes que pour la phonation. A travers ces stimulations, vous préparez donc le montage futur de l’articulation et l’accès au langage.

        Enfin, vous pouvez aider la maman à réaliser son projet d’allaitement et l’accompagner dans l’établissement du lien à son enfant qui peut être difficile dans le cadre d’une prématurité. Un travail de guidance est primordial pour permettre aux parents d’accompagner leur bébé dans son éveil, son développement psychomoteur et psycho-affectif.

Le principe des stimulations 


        La prise en charge orthophonique se base sur le principe de plasticité cérébrale et sur les capacités proprioceptives et sensorielles du bébé. L’enfant tire peu à peu des apprentissages de ses expériences dans l’environnement, il extrait des régularités dans les stimulations proposées et capte tous les mouvements, pouvant ainsi les reproduire ultérieurement. Il faut d’ailleurs rappeler que la zone buccale du bébé est particulièrement riche en capteurs sensoriels.

        L’enfant va peu à peu apprendre à structurer ses actions et son environnement et comme il ne se développe pas indépendamment de son milieu, plus on va lui proposer de stimulations et d’interactions riches, plus il pourra avoir un développement harmonieux.

Les stimulations oro-faciales

 

        Les stimulations sont au service :

        Elles permettent de lutter contre la dysoralité et ses conséquences :

        Les stimulations sont des gestes consistant à exercer des réflexes oro-faciaux et des aptitudes bucco-faciales. Les contacts se réalisent sous forme de pressions appuyées et non d’effleurements.

        L’enfant doit être en éveil (veille calme, état III de Prechtl), en position semi-assise. Le soignant lui maintient la tête tout en adoptant une position enveloppante et sécurisante. Les stimulations sont réalisées avant l’alimentation ou pendant la nutrition artificielle, plusieurs fois par jour.

ATTENTION : les stimulations sont des gestes proposés au bébé et non imposés. Elles ne doivent en aucun cas s’inscrire dans le cadre d’un soin supplémentaire. Il s’agit de créer un plaisir oral, un investissement du corps, des sens et surtout de la bouche. L’intervention doit être douce, respectueuse, privilégiant la relation et les interactions avec l’enfant à travers la communication verbale et non verbale. Il faut donc être attentif à ses réactions et manifestations d’inconfort : s’il s’agite, détourne le regard, pleure, bâille, a le hoquet, cela signifie qu’il est trop fatigué pour continuer.

        Les règles élémentaires d’hygiène sont à respecter (port de blouse, lavage de mains…). Il est préférable d’exclure le port de gants, les bijoux, d’éviter les parfums et d’avoir les ongles propres et coupés court. 

Le programme 


        Ce programme de stimulations s’adresse à des enfants stabilisés médicalement, à partir de 32 semaines d’âge gestationnel, en nutrition artificielle, avant le passage à une alimentation autonome ou lorsque l’alimentation orale est encore un peu difficile. 

Impliquer les parents 

        Les parents se retrouvent souvent dans un état de passivité difficile à vivre d’autant qu’ils sont souvent très soucieux d’apporter une aide effective à leur enfant.

        Il est donc important de les inciter à devenir actifs dans la prise en charge de leur bébé en les impliquant dans ces stimulations. Les parents peuvent ainsi compenser la frustration de ne pouvoir alimenter eux-mêmes leur enfant et renforcer les liens.

        Il suffit de bien expliquer les gestes, en restant simple et en limitant leur intervention aux stimulations exo-buccales.

Comment présenter les stimulations oro-faciales aux parents ? 


        Les stimulations oro-faciales sont une pratique thérapeutique à part entière. Elles permettent au bébé né prématurément de vivre des expériences orales agréables et de s’entraîner à téter comme il aurait pu le faire pendant encore quelques semaines in utero.

        De plus, elles permettent aux parents de se sentir plus compétents pendant l’hospitalisation de leur enfant. La mère peut ainsi se réassurer alors qu’elle a pu se sentir dévalorisée de ne pouvoir assurer son rôle de mère nourricière.

        La proposition faite aux parents de réaliser les stimulations peut au début leur paraître irréalisable ou entraîner des craintes face à la fragilité apparente de leur bébé ou à la peur de mal faire. Il est donc important de les accompagner, de les rassurer sur leurs compétences à réaliser ces stimulations. Il leur appartient d’hésiter ou de refuser et il faut respecter ce choix.

        Néanmoins, l’équipe pluridisciplinaire doit rester présente et à l’écoute car ce choix n’est pas immuable et certains parents ont simplement besoin d’un peu de temps.

La première fois 


        Les premières stimulations doivent toujours être accompagnées par un soignant formé à cette pratique. Il est important d’expliquer aux parents étape par étape les gestes à réaliser mais aussi les préalables à ces stimulations (précautions d’hygiène, respect du sommeil, intérêt de la communication…).

        Les parents ont besoin d’être en confiance, il est donc nécessaire de leur rappeler qu’un soignant ou l’orthophoniste sera toujours présent en cas de question ou de demande d’aide et de réassurance.

        De manière générale, les parents ont envie et besoin de faire le maximum pour leur bébé et ces stimulations oro-faciales sont un véritable soutien au développement tant physique que psychique.

        Enfin, il est important de prendre toutes les précautions pour que la première fois se passe bien, autant pour le bébé que pour les parents afin de ne pas provoquer d’angoisses supplémentaires, de leur donner confiance et l’envie de recommencer. 

Un travail en partenariat 


        La prise en charge orthophonique se fait nécessairement en partenariat avec l’équipe soignante. En effet, il est nécessaire que cette dernière prenne le relais des stimulations lorsque l’orthophoniste n’est pas présente afin d’assurer la continuité de cette pratique.

        De plus, la prise en charge de l’oralité implique forcément les soignants qui sont quotidiennement au contact de l’enfant. Ils doivent alors être sensibilisés à la nécessité d’un apport de stimulations orales positives, prendre conscience du caractère parfois intrusif de certains gestes et vous devez pouvoir leur apporter des solutions face aux problèmes d’alimentation que peuvent rencontrer ces enfants.

        Vous avez donc un rôle d’information et de formation à jouer au sein de l’équipe soignante mais l’inverse est également important.

        Les échanges sont donc primordiaux pour que chacun puisse transmettre son savoir et son ressenti. Seul un véritable travail en partenariat peut permettre à ces stimulations de se développer et de prouver leurs nombreux intérêts en service de néonatalogie.

Avis aux orthophonistes !!! 


        La présence d’orthophonistes en néonatalogie est encore trop rare, c’est pour cela qu’il faut sensibiliser les équipes soignantes à l’intérêt de telles pratiques. De nombreuses choses sont encore à développer dans cette pratique orthophonique, comme l’accompagnement parental et l’information aux équipes médicales.

        En effet, beaucoup trop d’enfants consultent pour des troubles de l’alimentation suite à une nutrition artificielle prolongée ayant eu des conséquences très importantes sur l’oralité. Cela devrait pouvoir être évité. C’est pour cela que la formation des équipes soignantes est primordiale afin qu’elles limitent au maximum les gestes intrusifs au niveau oral et qu’elles veillent à stimuler l’oralité de ces enfants. Les parents doivent aussi être informés de ces problèmes éventuels et ils doivent être impliqués dans l’éducation orale de leur bébé et dans la stimulation de sa sphère oro-faciale.

 

        Nous, les orthophonistes, nous avons donc un rôle très important à jouer pour la diffusion et la généralisation de ces stimulations oro-faciales et pour la reconnaissance de notre profession dans les services de néonatalogie.

Infos sur le site:

© 2007-2008 Clemence Fel, Orthophoniste.