Equipe soignante

Oralité et prématurité 

        Une naissance prématurée impose toujours une hospitalisation plus ou moins longue du bébé. Celle-ci a forcément des conséquences sur l’établissement du lien parents-enfant mais surtout mère-enfant. Elle a également un retentissement sur le développement global du nourrisson, en particulier en ce qui concerne le développement de son oralité. En effet, l’utilisation de techniques médicales telles que les intubations, aspirations, sondes entraînent des conséquences très néfastes et un désinvestissement de la sphère oro-faciale.


        De plus, l’alimentation artificielle va empêcher le bébé de faire des expériences orales et de poursuivre son entraînement à la succion.

        En outre, il va rencontrer des difficultés à acquérir des rythmes car il ne peut faire l’expérience des sensations de faim/satiation/satiété qui permettent de structurer le temps.

        A plus ou moins long terme l’alimentation et l’oralité du bébé peuvent être mises en danger. 

Prévention des troubles de l’oralité 

        En tant que soignants, votre rôle concernant la prévention de l’oralité chez ces enfants est primordiale. En effet, nous savons que les différents soins médicaux apportés dans la zone péri et intra buccale peuvent être vécus de manière désagréable, douloureuse voire intrusive chez ces enfants. Ils sont pourtant nécessaires.

        Cependant, vous pouvez faire en sorte qu’ils ne soient pas néfastes pour l’oralité du bébé. En effet, il est important par exemple, d’envisager les soins en prenant en compte leur éventuel caractère délétère sur le vécu corporel et oral de l’enfant. Ainsi, si un soin délicat pour l’enfant peut être évité au profit d’un autre moins agressif, il est bon d’y réfléchir sérieusement.

        De la même manière, lorsque l’acte en question ne peut être évité, essayez de compenser les aspects néfastes par une gestuelle positive. Vous pouvez par exemple caresser l’enfant, l’envelopper pour le rassurer, lui proposer une tétine trempée dans une solution sucrée, le but étant de donner à l’enfant une sensation agréable pour « compenser » un soin désagréable.

        Enfin, il est absolument nécessaire de mettre toutes les conditions en œuvre pour limiter la durée de l’alimentation artificielle. Plus un enfant sera nourri longtemps par sonde et plus il aura de risques de développer des troubles alimentaires et praxiques.

        C’est là qu’interviennent les stimulations oro-faciales.

L’intérêt des stimulations oro-faciales


        La durée de l’alimentation artificielle est principalement conditionnée par la capacité qu’a le bébé à s’alimenter seul. Il va donc falloir l’aider à accéder à une maturation plus rapide de son réflexe de succion-déglutition-ventilation afin de le sevrer au plus tôt de sa sonde pour en limiter les conséquences néfastes et ainsi préserver son oralité. Les stimulations oro-faciales vont donc participer à cela et permettre au bébé d’investir positivement sa sphère orale, de prévenir les troubles alimentaires et l’aider à associer l’alimentation au plaisir lors des interactions.

        La mise en place de ces stimulations dans les services de néonatalogie est inhérente à la démarche de formation de l’équipe ou à l’intervention régulière d’une orthophoniste qui puisse expliquer la technique aux soignants et aux parents, afin d’éviter qu’elles ne soient mal appliquées et entraînent des effets néfastes.

Les stimulations oro-faciales

        Les stimulations sont des gestes consistant à exercer des réflexes oro-faciaux et des aptitudes bucco-faciales. Les contacts se réalisent sous forme de pressions appuyées et non d’effleurements.

        L’enfant doit être en éveil (veille calme, état III de Prechtl), en position semi-assise. Le soignant lui maintient la tête tout en adoptant une position enveloppante et sécurisante. Les stimulations sont réalisées avant l’alimentation ou pendant la nutrition artificielle, plusieurs fois par jour.

ATTENTION : les stimulations sont des gestes proposés au bébé et non imposés. Elles ne doivent en aucun cas s’inscrire dans le cadre d’un soin supplémentaire. Il s’agit de créer un plaisir oral, un investissement du corps, des sens et surtout de la bouche. L’intervention doit être douce, respectueuse, privilégiant la relation et les interactions avec l’enfant à travers la communication verbale et non verbale. Il faut donc être attentif à ses réactions et manifestations d’inconfort : s’il s’agite, détourne le regard, pleure, bâille, a le hoquet, cela signifie qu’il est trop fatigué pour continuer.

        Les règles élémentaires d’hygiène sont à respecter (port de blouse, lavage de mains…). Il est préférable d’exclure le port de gants, les bijoux, d’éviter les parfums et d’avoir les ongles propres et coupés court.

Le programme


        Ce programme de stimulations s’adresse à des enfants stabilisés médicalement, à partir de 32 semaines d’âge gestationnel, en nutrition artificielle, avant le passage à une alimentation autonome ou lorsque l’alimentation orale est encore un peu difficile.

Un travail en partenariat


        La pratique des stimulations oro-faciale en néonatalogie peut être réalisée par une équipe formée ou par une orthophoniste mais peu de postes sont encore proposés.

        Néanmoins si vous avez la chance d’avoir une orthophoniste dans votre équipe, et même si elle n’intervient que ponctuellement, sachez que ce travail doit nécessairement se faire en partenariat étroit.

        En effet, il est nécessaire que vous puissiez prendre le relais des stimulations lorsque l’orthophoniste n’est pas présente afin d’assurer la continuité de cette pratique. La prise en charge ne peut se faire sans votre participation active et régulière.

        Dans le cadre d’un travail en partenariat, les échanges sont donc primordiaux pour que chacun puisse transmettre son savoir et son ressenti. Ils peuvent se faire par des transmissions orales lors des interventions de l’orthophoniste, par l’intermédiaire d’une grille d’observation, par le biais de synthèses hebdomadaires…etc.

        Seul un véritable travail en partenariat peut permettre à ces stimulations de se développer et de prouver leurs nombreux intérêts en service de néonatalogie.

Impliquer les parents



            Les parents se retrouvent souvent dans un état de passivité difficile à vivre d’autant qu’ils sont souvent très soucieux d’apporter une aide effective à leur enfant.

            Il est donc important de les inciter à devenir actifs dans la prise en charge de leur bébé en les impliquant dans ces stimulations. L’équipe peut ainsi leur confier cette tâche et les parents compenser la frustration de ne pouvoir alimenter eux-mêmes leur enfant et renforcer les liens.

        Comment présenter les stimulations oro-faciales aux parents ?

        Les stimulations oro-faciales sont une pratique thérapeutique à part entière. Elles permettent au bébé né prématurément de vivre des expériences orales agréables et de s’entraîner à téter comme il aurait pu le faire pendant encore quelques semaines in utero.

        De plus, elles permettent aux parents de se sentir plus compétents pendant l’hospitalisation de leur enfant. La mère peut ainsi se réassurer alors qu’elle a pu se sentir dévalorisée de ne pouvoir assurer son rôle de mère nourricière.

        La proposition faite aux parents de réaliser les stimulations peut au début leur paraître irréalisable ou entraîner des craintes face à la fragilité apparente de leur bébé ou à la peur de mal faire. Il est donc important de les accompagner, de les rassurer sur leurs compétences à réaliser ces stimulations. Il leur appartient d’hésiter ou de refuser et il faut respecter ce choix.

       

Néanmoins, l’équipe pluridisciplinaire doit rester présente et à l’écoute car ce choix n’est pas immuable et certains parents ont simplement besoin d’un peu de temps.

La première fois 

        Les premières stimulations doivent toujours être accompagnées par un soignant formé à cette pratique. Il est important d’expliquer aux parents étape par étape les gestes à réaliser mais aussi les préalables à ces stimulations (précautions d’hygiène, respect du sommeil, intérêt de la communication…).

        Les parents ont besoin d’être en confiance, il est donc nécessaire de leur rappeler qu’un soignant ou l’orthophoniste sera toujours présent en cas de question ou de demande d’aide et de réassurance.

        De manière générale, les parents ont envie et besoin de faire le maximum pour leur bébé et ces stimulations oro-faciales sont un véritable soutien au développement tant physique que psychique.

        Enfin, il est important de prendre toutes les précautions pour que la première fois se passe bien, autant pour le bébé que pour les parents afin de ne pas provoquer d’angoisses supplémentaires, de leur donner confiance et l’envie de recommencer.

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© 2007-2008 Clemence Fel, Orthophoniste.